Comment le cerveau des nouveau-nés et des adultes perçoit-il les sons de la parole ?

Nous avons le plaisir de vous annoncer la première étude publiée par Giulia Danielou, doctorante au LPL sous la direction de Clément François, en collaboration avec le CRPN et l’APHM. Elle vient de sortir dans la revue European Journal of Neuroscience dans le cadre du projet ANRJCJC BABYLANG porté par Clément François :

Référence : Danielou, G., Hervé, E., Dubarry, A.S., Desnous, B., François, C. Event-related brain potentials and Frequency Following Response to syllables in newborns and adults. European Journal of Neuroscience.

Article en texte intégral : https://doi.org/10.1111/ejn.70418

 Résumé :
Dès la naissance, les bébés sont capables de distinguer les sons de la parole, une compétence essentielle pour apprendre à parler. Mais comment leur cerveau, encore immature, traite-t-il ces sons par rapport à celui des adultes ? Cette étude explore les mécanismes cérébraux qui permettent aux nouveau-nés et aux adultes de percevoir des syllabes comme /ba/, /da/ ou /ga/. Pour cela, ils ont enregistré les potentiels évoqués auditifs (ERP) et la Réponse de suivi de Fréquence (Frequency Following Response, FFR) chez 17 nouveau-nés de 3 jours et 21 jeunes adultes. La FFR reflète l’encodage des caractéristiques acoustiques des sons comme la fréquence fondamentale ou les formants, tandis que les ERP permettent de mesurer la réaction du cerveau à des changements de catégorie dans une séquence de syllabes répétées. Les résultats confirment que les bébés naissent avec un cerveau déjà sensible aux sons de la parole, mais que leur traitement est moins précis que chez les adultes. Cette étude confirme le rôle clé que l’expérience et la maturation cérébrale jouent dans l’acquisition du langage, ouvrant des pistes pour mieux cerner l’influence de l’environnement sur le développement cérébral.

 

Crédits d'image : Les auteurs

Parution du n°42 (2026) de la revue Études Créoles

L'équipe éditoriale d'Etudes Créoles a le plaisir de vous annoncer la parution du dernier numéro de la revue :

Etudes Créoles n° 42 I 1-2 I 2025
https://journals.openedition.org/etudescreoles/1955

Par ailleurs, une autre bonne nouvelle est arrivée en même temps : la revue est référencée désormais au Directory of Open Access Journals (DOAJ) !

Nous vous souhaitons une bonne lecture !

Bien cordialement,
L'équipe éditoriale

lpl-etudescreoles@univ-amu.fr

Apprendre des nouveaux mots après un accident vasculaire cérébral à la naissance

Nous avons le plaisir de vous annoncer la dernière étude publiée par Clément François (LPL-CNRS), en collaboration notamment avec Laura Bosch (Univ. de Barcelona) et Antoni Rodriguez-Fornells (Univ. de Barcelona, anc. résident Iméra 2024/25) dans la revue Brain and Language :

Référence : François, C., Ferreri, L., Ripollès, P., Garcia-Alix, A., Rodriguez-Fornells, A., Bosch, L. Evidence for a role of memory in novel word-learning after perinatal stroke. Brain and Language. 274, 105707.
Article en texte intégral : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0093934X26000027

Par ailleurs, nous sommes ravis d’accueillir Laura Bosch le 6 février prochain pour un séminaire s’intitulant « Adaptation to a bilingual input and variability in early language acquisition » au LPL.

Résumé de l’article :
Les enfants atteints d'un accident vasculaire cérébral (AVC) périnatal gauche présentent souvent des troubles du langage. Cependant, les évaluations de leurs capacités d'apprentissage sont rares. Dans cette étude, nous avons comparé les performances d'apprentissage associatif et de rappel en mémoire d’associations mots-référents à l'aide d'un paradigme de Fast-Mapping chez un groupe d'enfants de 3,5 ans atteints d’AVC périnatal et chez des enfants contrôle du même âge. La tâche expérimentale comprenait une phase de sélection des référents suivie par une phase de rappel immédiat et différé des nouvelles associations mot-objet. Bien qu'aucune différence entre les groupes n'ait été observée dans la phase de sélection des référents et de rappel immédiat, les enfants atteints d’AVC  présentaient des performances inférieures dans le rappel différé. Ces résultats suggèrent que les difficultés d'apprentissage des mots après un AVC périnatal peuvent être dues à un défaut de rétention en mémoire plutôt qu'au processus de sélection des référents pendant l’apprentissage.

Légende : Illustration de la procédure expérimentale comprenant une phase initiale de sélection de référent suivie de deux phases de rappel en mémoire (rappel immédiat et différé).
Crédits : Auteurs

En quoi l’intonation révèle-t-elle les biais présents dans les questions polaires ?

Nous sommes heureux de vous annoncer la publication d’un chapitre co-écrit par Riccardo Orrico (Radboud University, Nijmegen), Cristel Portes et Mariapaola D'Imperio (LPL/amU) dans l’ouvrage Biased questions: Experimental results and theoretical modelling :

Référence : Orrico, R., Portes, C. & D’Imperio, M. (2025). The contribution of intonation in the conveyance of question bias. In Krifka, M, Trin, T., Kazuko, T., Yatsushiro, K. & Benz, A. (Eds.). Biased Questions: Experimental Results and Theoretical Modelling. Language Science Press, pp. 73-100.

Chapitre en texte intégral (chap. 3) : https://langsci-press.org/catalog/book/487

Résumé :
Ce chapitre vise à examiner comment l'intonation véhicule les significations liées au biais dans les questions polaires. Nous présentons une synthèse des études antérieures menées sur deux langues romanes, l'italien et le français. Cette synthèse montre comment l'intonation peut être utilisée dans différentes langues pour signaler la présence et la polarité du biais interrogatif, ainsi que la source d'information à l'origine de ce biais. Nous soulignons également que les recherches futures sur ce sujet devraient notamment porter sur la manière dont l'information phonétique graduelle se traduit en significations et sur le rôle de la variabilité individuelle.

Comment expliquer la grammaire en langue des signes ?

Après le premier volet paru dans la série « Langues signées » de la collection « Langues et langage » des Presses Universitaires de Provence, Trésor des expressions de la langue des signes française, nous avons le plaisir de vous présenter le deuxième ouvrage publié par notre collègue Mélanie Hamm, enseignante-chercheuse LPL-amU et spécialiste en langue des signes, en collaboration avec Jean-François Piquet, professeur de langue des signes et comédien :

Référence : Mélanie Hamm, Jean-François Piquet. Le signaire de la grammaire. Presses Universitaires de Provence, collection Langues et langage, série Langues signées, 2025.

Lien vers la page des PUP : https://presses-universitaires.univ-amu.fr/fr/actualites/signaire-de-grammaire

Vidéo de présentation (LSF) : https://www.youtube.com/watch?v=Ob_YdXf3vIo

Les propriétés discursives et prosodiques du connecteur français « mais » dans son usage de surenchère en conversation

La revue Discourse Processes vient de publier une nouvelle étude dans le domaine de l’analyse conversationnelle, fruit de la collaboration entre Marie Kolenberg de la KU Leuven et nos collègues Cristel Portes, Stéphane Rauzy et Roxane Bertrand du LPL :

Référence : M. Kolenberg, C. Portes, S. Rauzy, R. Bertrand. An underexplored use of connector “mais” in French conversation: discursive and prosodic correlates of the overbid use. Discourse Processes, 2025.

Site de l’éditeur : https://www.tandfonline.com/doi/full/10.1080/0163853X.2025.2564615?src=
Article en texte intégral : https://hal.science/hal-05326629v1

Résumé :
Cette étude examine les propriétés discursives et prosodiques du connecteur français « mais » pour l'un de ses usages spécifiques dans le discours conversationnel, l'usage de surenchère (« De grands mecs... mais très grands! »), en le comparant à son usage concessif (« Rodrigue n’est pas grand, mais il est fort. »). La plupart des usages connectifs de « mais » impliquent une notion générale de contraste entre p (antécédent) et q (portée), mais ils diffèrent en termes d'orientation argumentative. Contrairement à ses autres utilisations connectives, p et q dans le « mais » de surenchère présentent une argumentation co-orientée et le contraste est exprimé par un renforcement sémantique de p vers q. Nous cherchons à mettre en évidence le fonctionnement de ce renforcement. Sur la base du Corpus of Interactional Data (CID), nos résultats montrent des différences pertinentes concernant à la fois sa fonction discursive et sa réalisation prosodique.

Crédits d'image : Les auteurs

Comment aider les élèves à mieux comprendre les histoires ?

Nous avons le plaisir de vous communiquer l’étude publiée dans Literacy Research and Instruction issue du projet de post-doctorat ET T’AS COMPRIS réalisé par Lisa Sanchez (ADEF) sous la direction de Sandrine Eschenauer (LPL) et Raphaële Tsao (PsyClé) :

Référence : Sanchez, L., Eschenauer, S., & Tsao, R. (2025). Dramatized Reading in the Classroom: Effect on Learner Readers’ Inferential Comprehension. Literacy Research and Instruction, 1–24.

Page de l’éditeur : https://doi.org/10.1080/19388071.2025.2557799

Téléchargement du texte intégral (dans la limite des 50 premières impressions de l'article)

Résumé :
Cette étude propose la théâtralisation de récits comme outil pour accompagner les élèves vers la compréhension de l'implicite du texte, et particulièrement pour comprendre les émotions des personnages et faire du lien entre ses connaissances et celle de l'histoire. Les résultats ont montré que la théâtralisation de récits permettait aux enfants de 5 à 7 ans de mieux comprendre les récits, et en particulier l'état émotionnel des personnages.

Notre manière de traiter le langage change-t-elle selon que nous sommes accompagnés ou seuls ?

Dans le tout premier article publié dans le cadre du projet ERC LaDy, les chercheur.es Emilia Kerr (LPL), Benjamin Morillon (INS) et Kristof Strijkers (LPL, porteur du projet LaDy) montrent que le traitement des mots et la prédiction du sens sont fondamentalement différents lors d’une interaction sociale par rapport à l’utilisation individuelle du langage :

Référence : Kerr, E., Morillon, B., & Strijkers, K. (2025). Predicting meaning in the dyad. Journal of Experimental Psychology: General, Advance online publication, American Psychological Association (APA).

Article en texte intégral : https://doi.org/10.1037/xge0001828

Résumé :
De quoi s’agit-il ?
Lorsque les gens discutent entre eux, ils peuvent prédire ce que leur interlocuteur va dire. Nous avons découvert que cette prédiction leur permet non seulement de comprendre plus rapidement, mais aussi de répondre plus vite. Étonnamment, cet effet de prédiction n’apparaît que dans les conversations réelles, et non lorsque les gens traitent le langage seuls. Cela montre que notre cerveau traite le langage différemment dans le cadre d’un dialogue et lorsqu’il est isolé.

Pourquoi est-ce important ?
Alors que la plupart des études sur le langage se concentrent sur les individus, la communication réelle se fait dans le cadre d’un dialogue. Ce travail est important car il examine le langage dans un contexte plus interactif et démontre des différences fondamentales dans la manière dont nous traitons le langage par rapport à la tradition dominante de recherche individualiste. Par conséquent, ce travail appelle à un changement de paradigme dans la manière dont nous devrions étudier le langage et la communication.

[Extrait traduit de la page Kudos]

Crédits d’image : Les auteurs

La perception de l’accent lexical dans la langue sud-coréenne de Kyungsang

Nous sommes heureux de vous communiquer les derniers travaux publiés par notre collègue Mariapaola D’Imperio (LPL-amU) et Hyunjung Joo de la Rutgers University dans la revue Language and Speech :

Référence : Joo, H., & D’Imperio, M. (2025). The Perception of Lexical Pitch Accent in South Kyungsang Korean: The Relevance of Accent Shape. Language and Speech, 0(0).

Site Web de l’éditeur : https://doi.org/10.1177/00238309251368294

Accès à l’article en texte intégral via la plateforme BibCNRS (connexion requise) : https://bib.cnrs.fr/

Résumé :
Dans cette étude, il s'agit de données perceptives de l'accent lexical sud-coréen de Kyungsang (South Korean, SKK) qui s'ajoutent à celles relatives aux notions introduites par Mariapaola D’Imperio dans sa thèse (D'Imperio, 2000) et reprises par des chercheurs américains (Barnes et al., 2012), qui concernent la question théorique de la théorie Autosegmentale-Métrique (Théorie AM). Récemment, cela a aussi été nourri par la publication sur la perception des contours finaux des questions versus les continuations en français (Dorokhova et D'Imperio, 2019). Il s'agit de la découverte relative à la perception d'un accent mélodique léxical, qui n'est pas lié simplement à l’alignement temporel et la hauteur de fréquence fondamentale des cibles tonales, mais qui est surtout influencé par le mouvement de l'interpolation (concave ou convex) entre deux cibles tonales (c'est-à-dire de l'impact de la dynamique mélodique).

Variabilité de la parole : les nuances de la réduction phonétiques dans le discours conversationnel

Nous avons le plaisir de vous annoncer la dernière publication de Kübra Bodur (LPL) dans Speech Communication, en collaboration avec Corinne Fredouille (LIA), Stéphane Rauzy et Christine Meunier (LPL).

Référence : Bodur, K., Fredouille, C., Rauzy, S., & Meunier, C. (2025). Exploring the Nuances of Reduction in Conversational Speech: Lexicalized and Non-Lexicalized Reductions. Speech Communication, 173, 103268.

Article en texte integral : https://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0167639325000834

Par ailleurs, Kübra soutiendra le 29 octobre prochain sa thèse qui vise notamment à mieux comprendre le phénomène de la réduction de la parole, en s’appuyant sur des études empiriques issues de la phonétique, de la prosodie et de la recherche développementale.

 Résumé de l’article :
La réduction phonétique, entendue comme l’ensemble des modifications segmentales qui aboutissent à une réalisation affaiblie, raccourcie ou simplifiée d’une forme attendue, constitue un phénomène central de la parole spontanée. Cette étude a pour objectif de mieux comprendre les mécanismes de la réduction phonétique, dont l’influence peut varier selon les caractéristiques d’unités linguistiques.
Nous proposons de distinguer deux types de réductions : les formes lexicalisées, qui se sont plus ou moins stabilisées dans la langue (comme chépa pour je ne sais pas (Figure 1), et les formes non lexicalisées, plus contextuelles et variables selon le débit de parole ou le style du locuteur.
Pour tester si ces deux types de réduction obéissent aux mêmes facteurs ou non, nous avons combiné une analyse de séquences fréquentes et perceptibles avec une détection automatique sur corpus en se concentrant sur les sequences temporellement réduites.
Les résultats montrent que les réductions lexicalisées dépendent surtout de la durée de parole, tandis que les réductions non lexicalisées sont davantage influencées par le débit articulatoire et par certaines contraintes prosodiques ou morpho-syntaxiques. Nous observons aussi que certains segments (Figure 2) et certaines expressions, comme tu sais, sont plus souvent réduits selon leur rôle dans le discours.
Cette étude révèle ainsi que la réduction en parole n’est pas un phénomène unique, mais qu’elle correspond à des processus distincts, influencés par différents facteurs. Elle ouvre la voie à une meilleure compréhension de la variabilité de la parole et de son lien avec la structure du langage.