Résumé : Dans cette étude, nous examinons la manière dont des collégiens français mobilisent l’homosexualité dans leurs interactions verbales spontanées. À partir d’un corpus d’enregistrements audiovisuels de discussions informelles entre élèves issus d’établissements de la région grenobloise, l’étude montre que l’homosexualité – le plus souvent masculine – est fréquemment invoquée dans les joutes verbales entre pairs. Ces énoncés prennent souvent des formes linguistiques attributives et remplissent une fonction pragmatique disqualifiante visant les individus concernés. Ces usages doivent être interprétés comme des performances d’un ordre hétéronormatif profondément intériorisé par les élèves – un ordre discursif tout à la fois façonné par les pratiques langagières ordinaires des jeunes et se réalisant à travers celles-ci ; le discours étant à la fois produit et producteur de l’ordre social. Dans ce cadre, la masculinité hétérosexuelle apparaît comme la norme socialement valorisée et comme l’étalon à partir duquel les autres masculinités sont évaluées. L’étude montre que ces pratiques langagières, en permettant aux élèves de se positionner au sein d’un système de reconnaissance mutuelle où l’homosexualité est tournée en dérision et utilisée comme contrepoint négatif, fonctionnent à la fois comme des mécanismes d’intégration au groupe de pairs et comme des outils de régulation sociale implicite.