De quelles compétences cognitives avons-nous besoin pour appréhender la musique de la parole ?

25 October 2019 par Claudia Pichon-Starke

La chargée de recherche Caterina Petrone du LPL vient de clôturer le projet ANR « Representation And Planning of Prosody (RAPP) » qu’elle a mené pendant cinq ans en collaboration avec le Service de Neurologie de la Timone (J. Pelletier) et le Service de Neurologie du Centre hospitalier du Pays d’Aix (F. Viallet). Cette étude avait pour but d’examiner la prosodie dans la planification et la compréhension de la parole, en comparant des sujets sains à des patients atteints de troubles cognitifs liés à la sclérose en plaques (SEP).

 

Voici le résumé du projet RAPP :

La « musique de la parole » : différences parmi les individus et les populations

Un homme dans un café voit un serveur qui parle avec un garçon en train de sortir et qui ressemble à son fils. Il demande donc à sa femme : « Le serveur parle avec Paul ? ».

Les variations de la prosodie (la «musique» de la parole) véhiculent ses émotions (surprise) ou encore un mot spécifique (« PAUL »). Malgré son caractère automatique, produire et répondre à des patrons prosodiques nécessite des compétences cognitives sophistiquées. Dans cet exemple, les capacités cognitives de l’homme sont-elles adéquates pour poser efficacement et clairement sa question ? Les ressources cognitives de son épouse sont-elles suffisantes pour répondre rapidement à la question ? Que se passerait-il dans le cas de troubles cognitifs ?

Le projet RAPP a examiné la prosodie dans la planification et la compréhension de la parole, en comparant des sujets sains à des patients atteints de troubles cognitifs liés à la sclérose en plaques (SEP). Nous avons trouvé que la planification des phrases dépend des ressources cognitives individuelles. Les déficits cognitifs ont un impact sur la prosodie des jeunes patients SEP, bien qu'ils puissent développer des stratégies pour préserver la communication.

Une approche multi-paramétrique pour l’acquisition des données de parole

Nous testons nos hypothèses scientifiques en effectuant une série d’expériences et en collectant des données sur des sujets sains et pathologiques. Nous nous sommes concentrés sur quatre mesures (ou «paramètres») de la planification : le temps de réponse, les pauses et les mouvements mélodiques pendant la prise de parole et les mouvements oculaires avant et pendant la parole. Les différences individuelles dans la compréhension de la prosodie sont examinées par l'enregistrement de mesures psychophysiologiques telles que l'activité électrodermique (niveau de transpiration) et l'activité musculaire du visage (comme dans le cas du sourire). Les enregistrements sont enrichis par des annotations réalisées par des experts humains ou par des systèmes automatiques.
Les données de 70 patients et de 142 sujets sains ont été enregistrées dans des situations linguistiques différentes (tâches de lecture, conversations spontanées ou semi-contrôlées). Les sujets ont également accompli des tâches neuropsychologiques visant à l’évaluation de leurs compétences cognitives. Nos analyses relient les scores cognitifs individuels à la performance verbale. Cette base de données est unique pour la sclérose en plaques.

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